1. De l'Antiquité au Moyen Âge : l'énigme linguistique des Vsinazi
Pendant des décennies, l'origine de la grande confédération berbère des Sanhaja, matrice de la dynastie ziride, demeurait incertaine. Une découverte archéologique majeure est venue éclairer cette question : l'inscription latine de Saneg, mise au jour en 1990.
Ce texte officiel gravé sous l'Empire romain, vers 203 apr. J.-C., mentionne explicitement la tribu des Vsinazi (ou Vsinaz). Pour les historiens et les linguistes, cette inscription établit un pont entre l'Antiquité et les Sanhaja médiévaux.
Les trois transformations d'un même nom
- U-Sinag / Iznagen : la racine berbère signifiant « les fils de Sinag ».
- Vsinazi : la forme latinisée employée par l'administration romaine.
- Ṣinhāja (Sanhaja) : l'évolution arabe du nom à partir du VIIe siècle.
Cette continuité linguistique suggère que les Sanhaja du Moyen Âge sont les descendants de populations déjà installées dans le Titteri à l'époque romaine.
2. Achîr : la naissance du nid d'aigle ziride
Au Xe siècle, Ziri ibn Menad, chef de la branche des Sanhaja Talkâta, choisit le Djebel Titteri pour y établir le centre du pouvoir de sa lignée face aux confédérations zénètes.
En 935–936, il fonde Achîr, première capitale de la dynastie ziride. Cette forteresse devient rapidement une capitale politique, militaire et culturelle.
Les chroniqueurs décrivent un palais remarquable, connu sous le nom de Palais de Ziri, dont l'architecture annonce les développements artistiques de l'époque fatimide puis de l'art hispano-mauresque.
Achîr en quelques points
- Première capitale des Zirides.
- Fondée au cœur du Djebel Titteri.
- Centre stratégique contre les Zénètes.
- Berceau de la puissance ziride avant l'expansion vers l'Ifriqiya.
3. Sour El Ghozlane et le grand territoire des Sanhadja sédentaires
L'immense zone d'influence et de sédentarisation des Sanhadja s'étendait bien au-delà d'Achîr. Pour comprendre la profondeur territoriale du berceau ziride, il faut regarder vers l'Est et inclure la localité historique de Sour El Ghozlane (l'ancienne Auzia romaine).
Les recherches universitaires de l'Encyclopédie berbère démontrent que le territoire des Sanhadja sédentaires était délimité par une frontière géographique très claire :
Ancien poste militaire fortifié sous l'empereur Auguste, Sour El Ghozlane constituait un point d'ancrage majeur et une zone pastorale sécurisée pour la confédération des Talkâta. Ce grand couloir fortifié reliait l'antique Vsinazi (Saneg) au Titteri oriental, offrant aux ancêtres des Zirides une assise territoriale inexpugnable pour bâtir leur empire.
À retenir sur Sour El Ghozlane
- Ancienne cité romaine d'Auzia.
- Borne orientale de l'habitat sédentaire des Talkâta.
- Zone de repli et de pastoralisme hautement sécurisée.
- Verrou stratégique protégeant l'accès Est du Titteri.
4. Djouab : le carrefour géographique de la mémoire
À une vingtaine de kilomètres d'Achîr se trouve aujourd'hui la commune de Djouab, bâtie sur les vestiges de l'antique Rapidi, une colonie et garnison romaine.
Dans ce secteur du Titteri se superposent trois couches historiques :
- Le monde romain de Rapidi et Saneg.
- La capitale médiévale d'Achîr.
- Les villages et terres agricoles des familles contemporaines.
Djouab devient ainsi un véritable carrefour de la mémoire territoriale du Maghreb central.
5. La lignée Benshaba : les gardiens contemporains du sol
L'histoire ne s'interrompt pas avec la disparition des royaumes médiévaux. Dans la région de Djouab, plusieurs familles ont conservé leur implantation foncière au fil des siècles.
Parmi elles figure la lignée des Benshaba, dont la présence est documentée dans les archives foncières établies à la fin du XIXe siècle lors des opérations du Sénatus-Consulte.
Ces archives permettent de suivre la permanence des propriétés rurales autour du périmètre historique d'Achîr et de Djouab, offrant un témoignage précieux sur la continuité humaine de ce territoire.
6. Synthèse chronologique
À retenir
Le Titteri apparaît comme le véritable berceau historique des Zirides. Des Vsinazi de l'Antiquité aux Sanhaja médiévaux, en passant par les verrous stratégiques d'Auzia et Rapidi, puis jusqu'aux communautés rurales de Djouab, une continuité territoriale exceptionnelle traverse plus de deux mille ans d'histoire.